Si l’argent est destiné à un objectif de long terme, que votre fonds d’urgence est constitué et que le portefeuille correspond à votre niveau de risque, attendre le moment parfait est rarement une stratégie gagnante. Personne ne sait de façon régulière quand le marché atteindra son plus haut ou son plus bas.
La réponse change complètement si vous aurez besoin de cet argent bientôt. Une somme destinée à un apport immobilier dans deux ans ne doit pas être investie comme une épargne retraite prévue dans vingt ou trente ans.
Avant de regarder le niveau du S&P 500 ou les prévisions économiques, commencez donc par votre horizon, votre capacité à supporter une baisse et la fonction de cet argent. C’est la base de toute stratégie d’investissement aux États-Unis.
Pourquoi attendre une baisse paraît rassurant
J’entends souvent la même phrase : « J’investirai lorsque le marché aura baissé. » Le problème vient ensuite. À partir de quelle baisse faut-il acheter : 10 %, 20 % ou 40 % ? Et que faire si les marchés remontent avant d’avoir atteint le seuil choisi ?
Une stratégie de market timing demande deux bonnes décisions :
- sortir ou rester en cash avant la baisse ;
- investir au bon moment avant la reprise.
Même lorsqu’une baisse arrive, elle est généralement accompagnée de nouvelles inquiétantes. Il devient alors beaucoup plus difficile d’investir que lorsqu’on imaginait calmement ce scénario quelques mois auparavant.
Le FINRA définit le market timing comme le fait de déplacer son argent pour profiter de mouvements de prix anticipés à court terme. Cette approche peut entraîner davantage de transactions, de conséquences fiscales et d’occasions manquées lorsque le rebond arrive rapidement.
Votre horizon décide du niveau de risque acceptable
L’horizon de placement est la période pendant laquelle l’argent peut rester investi avant d’être utilisé. Plus cette période est courte, moins vous avez de temps pour récupérer après une baisse.
Pour un projet prévu dans un ou deux ans, la priorité est généralement de préserver le capital et de garder l’argent disponible. Des comptes rémunérés, money market funds, Treasury bills ou autres placements à court terme peuvent être plus adaptés qu’un portefeuille majoritairement investi en actions.
Pour un objectif à dix, vingt ou trente ans, les variations de quelques mois ont beaucoup moins d’importance. Le portefeuille peut alors accepter davantage de volatilité, à condition d’être diversifié et de correspondre à votre tolérance au risque.
Investor.gov rappelle que l’allocation dépend à la fois de l’horizon et de la capacité à accepter des pertes temporaires. La diversification entre plusieurs classes d’actifs réduit le risque lié à une entreprise, un secteur ou un type de placement, sans garantir l’absence de perte.
Investir la totalité ou investir progressivement ?
Lorsqu’une somme est déjà disponible, deux méthodes sont possibles :
- le lump sum consiste à investir la somme en une seule fois ;
- le dollar cost averaging consiste à la diviser et à investir des montants égaux à intervalles réguliers.
Le dollar cost averaging ne doit pas être confondu avec les cotisations mensuelles d’un 401(k). Dans ce dernier cas, vous investissez l’argent au fur et à mesure que vous le gagnez. Vous ne conservez pas volontairement une grosse somme en cash en attendant de la placer.
Une étude de Vanguard sur le lump sum et l’investissement progressif conclut que le versement unique a dépassé l’investissement progressif environ deux fois sur trois dans les périodes historiques étudiées. L’explication est assez simple : les marchés ont généralement rémunéré le risque sur la durée, et l’argent resté temporairement en cash ne profite pas d’une éventuelle hausse.
Ce résultat ne signifie pas que le lump sum convient à tout le monde. Si investir en une seule fois vous pousse à paniquer puis à vendre dès la première baisse, un plan progressif peut donner un moins bon rendement théorique mais un meilleur résultat réel.
Investor.gov décrit le dollar cost averaging comme l’investissement de montants égaux à intervalles réguliers, indépendamment des mouvements du marché. Cette règle retire une partie de l’émotion de la décision.
Comment choisir entre les deux méthodes
Le lump sum est généralement cohérent lorsque :
- l’horizon est long ;
- le portefeuille est déjà défini ;
- la baisse temporaire ne modifiera pas votre plan ;
- l’argent est réellement disponible pour être investi.
L’investissement progressif peut être préférable lorsque :
- une perte juste après l’investissement vous empêcherait de dormir ;
- la somme représente une très grande partie de votre patrimoine ;
- vous avez besoin de quelques mois pour vous habituer au niveau de risque ;
- un calendrier automatique vous évitera de repousser indéfiniment la décision.
Dans ce cas, choisissez les dates et les montants avant de commencer. Par exemple, vous pouvez diviser la somme en six versements mensuels. Le calendrier doit rester assez court pour ne pas devenir une nouvelle façon d’attendre le « bon moment ».
Le FINRA présente les avantages et les limites du dollar cost averaging : la méthode peut réduire le risque d’investir juste avant une baisse, mais elle peut aussi laisser passer une partie de la hausse pendant que le cash attend.
Quand faut-il réellement attendre avant d’investir ?
Attendre peut être raisonnable lorsque votre situation financière n’est pas prête, même si personne ne sait ce que feront les marchés.
Vous n’avez pas encore de fonds d’urgence
Une dépense imprévue ne devrait pas vous obliger à vendre un portefeuille en baisse. Constituez d’abord une réserve correspondant généralement à plusieurs mois de dépenses.
Vous avez une dette à taux élevé
Le remboursement d’une dette coûteuse produit une économie connue, alors que le rendement d’un investissement reste incertain. Comparez les deux avant d’ajouter du risque.
L’argent sera utilisé prochainement
Un apport immobilier, des frais universitaires ou un impôt à payer dans peu de temps ne doivent pas dépendre du niveau du marché au moment du retrait.
Votre allocation n’est pas définie
Acheter au hasard quelques actions ou ETF parce que le marché vient de baisser n’est pas un plan. Déterminez d’abord la répartition entre actions, obligations et liquidités. Notre guide explique comment investir son patrimoine selon son montant et ses objectifs.
Vous ne connaissez pas les conséquences fiscales
Pour un Français aux États-Unis, le choix du compte compte autant que celui de l’investissement. Brokerage account, 401(k), IRA et comptes détenus en France ne produisent pas les mêmes conséquences fiscales.
Que faire si le marché baisse juste après votre investissement ?
Une baisse immédiate ne prouve pas que la décision était mauvaise. Elle montre simplement qu’un placement risqué peut perdre de la valeur à court terme.
Revenez aux questions posées avant d’investir :
- l’objectif a-t-il changé ?
- l’horizon est-il devenu plus court ?
- avez-vous besoin de cet argent ?
- le portefeuille est-il plus risqué que prévu ?
Si les réponses n’ont pas changé, la baisse seule ne justifie pas forcément une vente. Continuez les cotisations prévues et rééquilibrez selon les règles définies à l’avance. Pour gérer ce moment sans décision impulsive, consultez notre article sur la peur en investissement.
Si votre réaction vous surprend, votre portefeuille est peut-être trop agressif. Il vaut mieux ajuster durablement le niveau de risque que sortir et rentrer au gré des titres de presse.
Le taux de change France-USA change-t-il la décision ?
Un projet entre la France et les États-Unis ajoute un deuxième prix difficile à prévoir : le taux de change entre le dollar et l’euro. Attendre à la fois le meilleur niveau de marché et le meilleur taux de change rend la décision encore plus incertaine.
Commencez par déterminer dans quelle devise les dépenses futures auront lieu. Un projet immobilier en France et une retraite aux États-Unis n’appellent pas la même répartition. Pour une somme importante, les conversions peuvent aussi être réparties dans le temps afin de ne pas dépendre d’un seul taux.
La devise, la résidence fiscale future et le type de compte doivent faire partie du plan dès le départ. Elles ne doivent pas être ajoutées après avoir choisi les investissements.
Une méthode simple pour passer à l’action
- Séparez le fonds d’urgence et l’argent destiné aux projets à court terme.
- Fixez l’horizon de chaque objectif.
- Choisissez une allocation diversifiée compatible avec les baisses que vous pouvez accepter.
- Décidez entre un versement unique et un calendrier progressif.
- Automatisez les versements et notez les règles de rééquilibrage.
- Revoyez le plan une ou deux fois par an, pas à chaque mouvement du marché.
Le bon moment n’est pas une date que l’on découvre dans les prévisions économiques. C’est le moment où votre situation, votre horizon et votre portefeuille sont prêts.
Si vous devez coordonner investissements américains, comptes français, fiscalité et projet de retour, vous pouvez prendre rendez-vous avec Oui Financial.
Questions fréquentes
Un record de marché ne permet pas de connaître le mouvement suivant. Pour un objectif de long terme, l’horizon, la diversification et le niveau de risque comptent davantage que le dernier niveau atteint par un indice.
Une récession ne peut pas être datée de façon régulière à l’avance, et les marchés peuvent évoluer avant que les statistiques économiques la confirment. Attendre impose aussi de décider quand investir pendant une période souvent anxiogène.
Le versement unique a historiquement obtenu le meilleur résultat plus souvent, car l’argent reste investi plus longtemps. L’investissement progressif peut cependant convenir à une personne qui supporterait mal une baisse immédiate et risquerait d’abandonner son plan.
Il n’existe pas de durée universelle. Un calendrier de quelques mois permet généralement de réduire le risque émotionnel sans laisser l’argent trop longtemps en attente. Les dates doivent être fixées avant de connaître les prochains mouvements du marché.