La peur fait partie de toute décision financière
La peur est omniprésente en matière d’investissement. Elle touche aussi bien les investisseurs
débutants que ceux disposant d’un patrimoine important. Elle ne disparaît pas avec l’expérience
ou la réussite. Elle se transforme, se rationalise parfois, mais elle reste bien présente.
Peur de la baisse des marchés, peur du contexte politique ou économique, peur de payer trop
d’impôts, peur de faire une erreur irréversible, peur d’investir trop tôt ou trop tard. À cela
s’ajoute une peur plus diffuse, souvent non formulée : celle du regret.
Le problème n’est pas la peur elle-même. Le problème apparaît lorsque la peur devient le
principal moteur des décisions patrimoniales.
Le vrai risque ne vient pas des marchés
Contrairement à une idée largement répandue, le risque ne provient pas principalement des
marchés financiers. La volatilité est une caractéristique normale et attendue. Elle est mesurable,
intégrée dans les modèles et anticipée dans les stratégies de long terme.
Le risque réel apparaît lorsque l’incertitude pousse à modifier une stratégie en permanence, à
attendre indéfiniment un hypothétique “meilleur moment” ou à conserver une part excessive de
liquidités par peur de mal faire. Ces décisions donnent une impression de prudence, mais elles
fragilisent la trajectoire patrimoniale sur le long terme.
Se tromper de priorité coûte plus cher que la volatilité
Nous observons fréquemment des situations où l’attention se porte sur le mauvais sujet. Certains
investisseurs consacrent beaucoup de temps à optimiser une partie limitée de leur patrimoine,
cherchant quelques points de performance supplémentaires, tout en laissant une part bien plus
importante exposée à un risque silencieux mais certain.
Pendant que l’on débat de performance marginale, l’inflation agit ailleurs sans bruit ni volatilité
apparente. Ce n’est pas un problème technique. C’est un problème de hiérarchisation des
décisions.
La fiscalité devient dangereuse lorsqu’elle est dictée par la peur
L’impôt est visible, immédiat et émotionnellement chargé. Il est donc naturellement redouté.
Cette peur conduit parfois à des décisions prises uniquement en fonction d’un taux d’imposition,
sans tenir compte du gain réel, du niveau de risque ou de la cohérence globale de la stratégie.
Refuser de vendre une position trop concentrée, retarder une diversification nécessaire ou
privilégier un mauvais choix économique sous prétexte qu’il est fiscalement moins coûteux sont
des erreurs fréquentes. La fiscalité doit être intégrée dans une réflexion globale, pas traitée
isolément sous l’effet de l’émotion.
L’illusion de la protection rassure mais appauvrit
La peur explique également l’attrait pour certains produits financiers complexes présentés
comme protecteurs. Ces solutions promettent souvent une limitation des pertes ou une forme de
sécurité face à l’incertitude des marchés.
Mais il n’existe pas de rendement sans risque. La protection a toujours un coût, et la complexité
masque souvent ce coût. Sur le long terme, ces produits enrichissent davantage ceux qui les
conçoivent et les distribuent que ceux qui les détiennent.
Ce qui détruit réellement la richesse sur le long terme
L’expérience montre que la richesse est rarement détruite par un mauvais marché ou une
mauvaise année. Elle est détruite par l’absence de plan, par des décisions dictées par la peur, par
des changements constants de stratégie et par l’incapacité à rester discipliné lorsque
l’environnement devient inconfortable.
Investir n’est pas un exercice de prédiction. C’est un exercice de constance.
Le rôle du conseiller financier face à la peur
La discipline, plus que la sophistication, est ce qui permet de traverser les cycles et de construire
une stratégie patrimoniale durable.